Abstract
L'apparition et le développement des enregistrements de musique orientale il y a plus d'un siècle doivent s'appréhender comme un moment d'une longue entreprise de fixation des mélodies et des rythmes remontant aux premières tentatives de transcription des Scolastiques. Le rouleau de cire opère sur le mode anecdotique, à l'instar d'un daguerréotype ou d'un instantané photographique, puis le 78 tours sur le mode de la reproduction d'un événement, comparable à un film précédé par un script, lequel, dans le cas de la musique est préalablement fixé dans la mémoire, et peut devenir un modèle aussi prescriptif que des notations. Enregistrements et notations sont à envisager dans leur relation dialectique et dans leur interférence avec la mémoire, à condition de préciser la nature de cette mémoire. Cet article s'appuie sur des cas tirés de l'histoire moderne des cultures d'Asie intérieure. Il esquisse une modélisation des différents modes de mémorisation qui s'étendent depuis ces expériences marquantes qui sont au cœur de la notion de Tradition/Transmission, jusqu'à la reproduction mécanique de modèles fixés par l'écriture, la gravure, l'empreinte magnétique ou numérique ; soit encore, de la mémoire subjective jusqu'à l'amnésie comme moteur de la créativité, de la mémorialisation jusqu'à la patrimonialisation comme processus de dévitalisation.
The emergence and development of Eastern music recordings since over a century is approached here as a moment of a long process of fixing melodies and rhythms dating back to early attempts of transcription by the Scholastics. The wax cylinder were operating on the anecdotal mode, like a daguerreotype or a snapshot, then the 78 rpm on the mode of reproduction of an event, comparable to a film preceded by a script, which in the case of music is first fixed in memory, and can become a prescriptive model as efficient as notations. The recordings and notations should be considered in a dialectical relationship and in their interaction with the memory, provided that the nature of this memory would be clarified. This article is based on cases from the history of modern cultures of Inner Asia. It outlines the different modes of memorization that extend from deep experiences that are at the heart of the notion of tradition / transmission, to the mechanical reproduction crystallized by the notations, the disc recording, or the magnetic or digital data. That is to say, from subjective memory to amnesia as a condition for creativity, from patrimonialization to memorialization as a process of devitalization.
Notice
Revue des Traditions Musicales was originally published in print by Antonine University Press. It is now being republished by Luminous Insights Publishing House as part of the journal’s transfer.
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