Abstract
Jérôme Cler, dans cet entretien avec Liqaa Marooki, son ex-doctorante désormais docteure de Sorbonne-Universté en poste à Mossoul (Irak), retrace quelques étapes de son parcours, des lettres classiques à la musique. Comment devient-on ethnomusicologue, après une première formation en lettres classiques, à une époque (années 1980) où l’ethnomusicologie est une science encore très confidentielle ? Comment la pratique d’un simple luth à trois cordes peut conduire à toutes les dimensions d’une société ? En effet depuis 1991 Jérôme Cler poursuit ses recherches en Turquie, dont il présente ses deux principaux terrains, le premier chez des paysans sunnites d’ascendance semi-nomade, l’autre en milieu confrérique rural bektachi. Jérôme Cler, qui a enseigné vingt-cinq ans l’ethnomusicologie à Sorbonne Université, défend l’idée d’une science des singularités musicales territorialisées (« musiques locales »), où l’expérience immersive du « terrain », devenir commun à l’ethnographe et à ses informateurs, et la description composée qui s’ensuit, forment les conditions premières pour toute élaboration théorique ou conceptuelle ultérieure (universaux). Parmi les concepts qui ont occupé Jérôme Cler, celui de rythme, dont il s’est attaché à décrire les composantes dans plusieurs travaux, en dialogue avec d’autres chercheurs. Comme il le résume ici, le rythme marque des territoires, et convoque une géomusicologie.
In this interview with Liqaa Marooki – his former PhD student, now a Sorbonne University Doctor lecturing in Mosul (Iraq) – Jérôme Cler looks back on some of the key stages of his career, from classical literature to music. How does one become an ethnomusicologist at a time (the 1980s) when ethnomusicology is still a confidential science? How can playing a simple three-stringed lute lead to an exploration of all the dimensions of a society? Indeed, since 1991, Jérôme Cler has been conducting research in Turkey, where he presents his two main field sites: the first amongst Sunni peasants of semi-nomadic descent, and the other within a rural Bektashi community. Jérôme Cler, who taught ethnomusicology at Sorbonne University for twenty-five years, advocates the idea of a science of territorialised musical singularities (‘local musics’), in which the immersive experience of the ‘field’—a shared becoming for the ethnographer and his informants— and the resulting composed description, form the primary conditions for any subsequent theoretical or conceptual elaboration (universals). Among the concepts that have concerned Jérôme Cler is that of rhythm, the components of which he has sought to describe in several works, in dialogue with other researchers. As summarised here, rhythm marks territories and calls for a geomusicology.



